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Malgré les incertitudes, le Conseil ressuscite l'Oriental

Les comptes 2011 ne sont pas bons, mais le Conseil n'a pas voulu diminuer l'effort d'investissement de la ville. Au terme de deux heures de débat, jeudi 10 mai 2012, il a approuvé un montant de 7 millions pour la rénovation complète du Théâtre de l'Oriental, à une majorité d'une dizaine de voix.

Pour voir la vidéo de ce Conseil:
http://www.vevey.ch/N8634/conseil-communal-du-10-05-12.html

Tenue en présence d'un nombreux public venu pour soutenir le projet de rénovation de l'Oriental, cette séance s'est de fait focalisée essentiellement sur cet objet. Les points de l'ordre du jour ont été rapidement expédiés.
Au terme du début sur l'Oriental, certains conseillers communaux auraient désiré en rester là, mais la Municipalité a demandé que les derniers rapports soient encore traités, notamment celui concernant le concours pour un nouveau collège. Par contre, les communications ont été reportées à une prochaine séance.


La commission a siégé dans la salle de spectacle de l'Oriental, désaffecté depuis juin 2008. Elle a pu constater l'état de dégradation du bâtiment.

Après les points usuels concernant le fonctionnement du Conseil, il est procédé à deux assermentations: Mme Sarah Hudson en remplacement de Mme Corinne Roué (Verts) et M. Olivier Golay pour M. Laurent Karlen (PLR).
Au chapitre des interventions du Conseil, Mme Doris Jaggi (PLR) développe une interpellation intitulée "Belles de la tête au pied", traitant de l'environnement des tours de Gilamont. Elle regrette, alors que les nouvelles et splendides fresques ont été inaugurées il y a plusieurs mois et que les travaux de rénovation sont terminés, qu'il reste encore de nombreux détritus aux alentours, résidus du chantier. La Municipale Elina Leimgruber lui assure que les travaux de mise au propre seront effectués en juin-juillet et se termineront avec le déplacement vers l'arrière de la parcelle des moloks et de la déchetterie, ce qui améliorera encore l'aspect visuel en arrivant au pied des tours.

Mme Sarah Hudson est une nouvelle conseillère, alors que M. Olivier Golay, lui, revient après une interruption de plusieurs années. Il a déjà été Président du Conseil dans les années 1990.

C'est au cours de cette séance qu'ont été déposés les différentes préavis sur les comptes 2011: ceux de la commune bien sûr, avec le rapport de gestion de la Municipalité, mais également les comptes de la Communauté d'équipement du Haut-Léman (CIEHL) et ceux du Fonds culturel Riviera.
Ont également été déposés des préavis sur le nouveau règlement des arbres, un co-financement par Vevey du giratoire en cours d'installation à la Veyre, et une modification mineure du règlement du Conseil.
Le premier rapport sur lequel le Conseil avait à se prononcer formellement était la demande usuelle présentée chaque année par la Municipalité pour une prolongation du délai de traitement des motions et postulats en souffrance. La commission avait admis les demandes de la Municipalité et allait même plus loin, en proposant de considérer comme classés quatre de ces objets. Cela n'a pas eu l'heur de plaire à l'une des personnes concernées, M. Serge Ansermet (Soc), dont la motion demandait à la Municipalité de procéder à une révision de son Plan général d'affectation (PGA). Il s'est donc opposé au classement et a proposé d'octroyer un délai d'abord au 31 décembre 2018 (délai légal), puis au 31 décembre 2012.
Le Syndic Laurent Ballif a évoqué le fait que la Municipalité préfère privilégier, comme outils de planification, les outils sectoriels, comme le Plan de mobilités et d'urbanisme (PMU) ou le projet d'agglomération Rivelac, en complément avec les plans de quartier (PPA). Mais, comme la situation paraît un peu floue quant aux exigences des législations fédérale et cantonale en la matière, une majorité du Conseil s'est finalement prononcée en faveur du maintien de cet objet et à la fixation d'un délai à la fin de cette année pour un rapport clarificateur de l'Exécutif.

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Le débat avait attiré une telle foule que les rangs réservés au public ont été vite saturés, et que les retardataires ont dû suivre les événements depuis les fenêtres.

Ensuite est venu l'objet principal de la soirée, une demande de crédit de 7,7 millions pour la réhabilitation et la transformation du Théâtre de l'Oriental. Ce projet est celui qui a remporté le concours d'architecte il y a un peu plus d'une année, et sa mise en oeuvre doit permettre non seulement de consolider et d'assainir ce bâtiment de 1833 qui en a bien besoin, mais également de créer des espaces supplémentaires pour son exploitation.
La commission qui avait étudié ce préavis s'est révélée partagée, la Présidente Alexandra Melchior (Verts) rédigeant un rapport de majorité acceptant le projet sans modification, alors que M. Jean-Jacques Burgi (PLR) signait, avec deux de ses collègues, un rapport de minorité proposant de n'octroyer que 4 millions pour les travaux sur ce bâtiment.
Mais le débat sur le fond a bien risqué de ne pas avoir lieu puisque M. Roger Marinelli (PLR) a présenté d'emblée une demande de non entrée en matière. Se faisant le porte-parole d'une partie de la Droite, il a estimé que le projet n'offrait pas suffisamment d'options et que les chiffres n'étaient pas avérés. Il désirait donc que la Municipalité soit obligée de réétudier cet objet afin de présenter un préavis plus ouvert au Conseil. Cette proposition a lancé un long débat qui n'a pas manqué de déborder, en fait, sur la question du fond du projet lui-même, ce qui a amené M. Francis Baud (Vevey Libre) à proposer par motion d'ordre qu'on passe immédiatement au vote sur ce point.
La discussion sur cette motion d'ordre, qui a pris les conseillers par surprise, a été un peu hésitante, si bien que le Conseil a finalement procédé sans plus attendre au vote sur cette demande de non entrée en matière. La Municipalité pouvait avoir des craintes à ce sujet, puisque la motion d'ordre l'avait empêchée de donner son point de vue sur l'entrée en matière, mais elle a été rassurée par le vote qui a montré qu'une majorité claire du Conseil désirait débattre de ce projet immédiatement.

Deux conceptions s'opposaient donc, même si les uns et les autres se rejoignaient au moins sur deux constats: le bâtiment de l'Oriental peut être un atout pour la revitalisation du quartier de Vevey Est; les coûts sont très élevés dans les circonstances actuelles qui voient la Ville présenter des comptes 2011 déficitaires.
Sur cette base, des amendements touchant au coût ont été proposés durant le débat, donnant plus ou moins de poids à l'un ou l'autre de ces éléments: un montant de 7 millions proposés par M. Jean-Pierre Boillat (Alternatives) obtenu en limant sur les dépenses; un autre de 6,3 millions de M. Patrick Bertschy (PLR) incluant à la fois la limitation des dépenses et l'obtention de subventions extérieures.
D'entrée de jeu, la Municipalité a planté le décor par trois interventions, qui auraient dû prendre place normalement dans le débat sur l'entrée en matière. M. Etienne Riviera a joué, en qualité de Municipal des Finances, son rôle de gardien du trésor en rappelant la situation défavorable de Vevey à la suite des comptes 2011 et l'impact financier que cet investissement aura sur les comptes annuels.
Le Syndic Laurent Ballif a mis l'accent sur la nécessité de maintenir un plan des investissements cohérent pour la législature, ainsi qu'il a été présenté à la fin de l'année dernière, permettant l'entretien du patrimoine communal et la réponse aux besoins infrastructurels des Veveysans tout en respectant le plafond d'endettement de 200 millions autorisé pour 2016.
Enfin, la Municipale de la Culture, Mme Annick Vuarnoz, a rappelé le rôle important que joue l'Oriental dans la palette culturelle veveysanne. Mais elle n'a pas manqué non plus de rappeler que ces locaux ont aussi été, avant leur fermeture en 2008, extrêmement utiles pour nombre d'associations diverses qui y ont organisé des assemblées ou des spectacles, en plus de l'Association de l'Oriental qui y menait sa saison théâtrale. De plus, les nouveaux espaces prévus dans le bâtiment serviront à accroître encore cette utilité et apporteront une animation supplémentaire au quartier qui en a bien besoin.


Selon le photo-montage du projet gagnant, la réhabilitation du bâtiment représentera une animation importante pour le quartier.


Les projets du concours avait été affichés dans la salle de l'Oriental en 2010.
La commission s'est rendu compte que nombre de pièces (ci-dessous, les loges sous la scène) ont dû être étayées pour éviter qu'elles ne s'effondrent.

Même si l'essentiel du débat qui a suivi, durant plus d'une heure et demie, a porté sur l'effort financier demandé à la Ville et la possibilité pour celle-ci de l'intégrer tant dans ses comptes d'exploitation que dans son plan des investissements, deux autres points se sont fait jour, qui n'ont pas manqué d'interloquer voire de choquer certains.
Le premier est celui de "Culture élitiste", par lequel plusieurs conseillers ont contesté l'utilité d'investir 7 millions pour une activité - le théâtre de création- réservée à un très petit nombre de Veveysans. Ils ont égamement mis en doute le rayonnement que la saison de l'Oriental apporte à la ville bien au-delà de la région, estimant par là que la rénovation du théâtre ne saurait être une source de recettes commerciales pour les commerçants du quartier.
Le second point est le coût d'exploitation, dans lequel quelques conseillers ont intégré à tort des éléments qui n'avaient rien à y faire. Le préavis municipalé indiquait le montant annuel résultant de l'investissement, soit 256'000 francs d'amortissement, à quoi il faut rajouter environ 150'000 francs d'intérêt. Mais l'exploitation du lieu continuera à se faire comme par le passé, comme c'est le cas également pour le Théâtre municipal avec la Fondation des Arts et Spectacles, sous forme d'une convention avec l'Association de l'Oriental. La Ville n'aura pas de frais de personnel supplémentaire ni d'autres coûts à son propre budget, ce sera à l'Association de trouver les fonds qui lui manquent, comme elle l'a fait par le passé.
Au terme d'échanges nourris, le Conseil s'est rendu compte qu'aucun argument ne pourrait plus faire changer d'avis qui que ce soit, et il a désiré passer au vote. Le Président Eric Oguey, qui a eu fort à faire à dompter la procédure pour un objet aussi complexe, a proposé de procéder au vote sur les différents amendements, et de les opposer le cas échéant si deux d'entre eux, incompatibles, venaient à être acceptés. Avec une précision complémentaire apportée par M. Alain Gonthier (Alternatives), c'est effectivement à un vote successif des amendements qu'il a été procédé.

Le premier vote portait sur la proposition de la minorité de la commission, soit d'octroyer un montant de 4 millions à la Municipalité. A propos de cette solution, le Syndic Laurent Ballif a relevé qu'une des conclusions du préavis prévoyait que toute subvention éventuelle serait déduite de ce montant, ce qui ne correspondait pas à la volonté affichée des minoritaires d'autoriser la Municipalité a aller chercher des fonds extérieures si elle désirait compléter ce montant pour réaliser le projet complet. Relayant cette demande, M. Bastien Schobinger (UDC) demanda alors la suppression de ce point du rapport de minorité, ce qui fut refusé de justesse (30 non, 29 oui), mais avec 22 abstentions, ce qui montre que cette demande n'avait peut-être pas été bien comprise.
Au vote sur l'amendement à 4 millions proposé par le rapport de minorité, le résultat enregistré fut négatif avec 50 non, 36 oui et 1 abstention. Malgré la clarté de ce vote, le Conseil décida de procéder à une contre-épreuve au bulletin secret, qui se solda pas un résultat encore plus net: 51 non, 36 oui et 1 abstention.
Le deuxième vote était celui de l'amendement à 6,3 millions, montant qui devait permettre de faire la rénovation du théâtre mais sans extension des locaux. Cette proposition a été acceptée par 43 oui contre 38 non et 3 abstentions.
Le troisième vote portait sur l'amendement à 7 millions, qui revenait à exiger de la Municipalité de limer sur les coûts tout en réalisant le programme complet. Cette proposition a elle aussi été acceptée, par 49 oui et 36 non, avec 1 abstentions.
Le Président procéda alors comme prévu à un vote opposant les deux propositions, 6,3 et 7 millions, afin de déterminer quelle solution avait la préférence du Conseil. Au final, c'est par 47 voix contre 37 et trois abstentions que le Conseil a privilégié la proposition à 7 millions.
Le préavis de la Municipalité ayant ainsi été amendé de 7,7 à 7 millions, il a été procédé à un vote final, nécessaire pour permettre à d'éventuels opposants complets de refuser en bloc le projet. C'est finalement une majorité assez nette qui a approuvé le projet ainsi amendé.
Mais les choses ne se sont pas tout à fait terminée ainsi, puisque M. Jacques Décosterd (PLR) a demandé au Conseil d'opter pour le "référendum spontané", c 'est-à-dire la consultation directe de la population. Faisant un parallèle avec le Château de l'Aile, dont la vente avait été soumise à votation par la volonté du Conseil lui-même, il a considére que l'Oriental avait la même charge émotionnelle. M. Jean-François Martin a réfuté ce parallèle et a estimé que les opposants pouvaient parfaitement utiliser les voies de la démocratie directe mais qu'ils devaient se mobiliser pour récolter des signatures. Cette position a été adoptée par une majorité du Conseil, si bien que la population ne sera consultée que si les opposants réussissent à réunir environ 1'800 signatures (15% du corps électoral) dans les trois semaines.


Parmi les économies envisagées, la suppression totale de la cour intérieure, ou en tout cas d'une partie de son aménagement, était envisagée (ci-dessus, montage du projet gagnant).

Au vu de l'heure tardive - il était plus de 23h - les conseillers ont considér qu'il n'était pas possible de traiter encore les 12 points restant à l'ordre du jour. Le Syndic demanda alors qu'au moins les rapports soient adoptés ce soir-même, en raison en particulier du délai nécessaire pour le concours du futur collège. Le Président entama alors l'étude des trois rapports encore pendants, les communications étant, pour leur part, reportées à une des deux séances de juin.
Deux de ces rapports n'ont suscité aucun débat et ont été accepté à la quasi-unanimité: le nouveau règlement sur les tarifs et émoluments du contrôle des habitants ainsi que les crédits supplémentaires au budget 2011.
Par contre, la demande d'un crédit de 450'000 francs pour organiser un concours en vue de la construction du futur collège à Copet a titillé quelques rancoeurs issues du débat précédent. Plusieurs conseillers PLR, notamment MM. Patrick Bertschy et Christophe Ming, ont émis des craintes quant à la manière dont le cahier des charges serait établi ainsi que ce qui y serait inclus, que ce soit en matière de parcage ou de salles spéciales. M. Vladimir d'Angelo, pour sa part, a souhaité que la Municipalité se contente de reprendre un modèle existant ailleurs et ne fasse pas de frais inutiles. Mme Fabienne Desport (UDC) a relevé que le canton se décharge sur les communes des frais des établissements scolaires.
La Municipale Elina Leimgruber, en charge à la fois des constructions et de l'éducation, a rappelé que les écoles incombent, selon la loi, entièrement aux communes en ce qui concerne les locaux. Le concours n'est pas destiné uniquement à déterminer l'aspect architectural du bâtiment, mais surtout son implantation dans le quartier, la manière de résoudre, précisément, les problèmes de circulation et de parcage, et il permettra de recevoir un grand nombre de projets pour le seul coût de 450'000 francs.
Au vote final, cette proposition a rencontré une très large adhésion et c'est sur cette note un peu plus consensuelle que le Président a pu mettre fin au Conseil, vers 23h30.