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Le 4 mai 2005, les colonies des Monts-de-Corsier ont disparu

C'est dans la matinée du mercredi 4 mai 2005 que les anciennes colonies de la ville de Vevey aux Monts-de-Corsier ont cessé d'exister. Après 107 ans d'existence, les bâtiments délabrés libérés lundi par les squatters ont été démolis par une pelle mécanique. Le terrain sera remis en état avec élimination de toute trace jusqu'au sol.



L'arbre qui avait poussé collé contre la paroi
du bâtiment n'a pas été épargné par la
destruction de son support.

La totalité des bâtiments a été rasée en une matinée. Les gravats seront évacués ces prochains jours, en triant les matériaux spéciaux à traiter à part.


Quant aux squatters, qui avaient laissé passablement de matériel dans les locaux et campaient toujours dans des caravanes sur la propriété de la ville, ils devraient gagner ces prochains jours des locaux qu'ils semblent avoir trouvé. Il n'empêche qu'ils ont laissé tout un bric-à-brac incongru, qui constitue un décor insolite dans cette ambiance de chantier.

Le site abrite toujours les carcasses des tracteurs qui avaient été détruits dans l'incendie d'un hangar. Ces tracteurs de marque Vevey étaient des pièces de collection dont certains composants pourraient encore être récupérés.

Le tipi indien avait pris la succession de la yourte mongole dans laquelle certains squatters avaient passé de dernier hiver.


Seule partie des bâtiments à ne pas être démolie, la maison du gardien continuera à surveiller le terrain.

"La Petite Maison Sur La Colline" demeurera donc en place comme unique souvenir des anciennes colonies.
Durant le week-end, alors que tous les bâtiments avaient été démolis, les squatters ont entrepris de déménager leurs derniers effets. Si quelques-uns se sont résolus à quitter les lieux sans faire de difficultés, malgré parfois la perte de certains biens évacués par les bennes de la voirie, d'autres ont profité du pont de l'Ascension pour une dernière fête, largement noyée par les mauvaises conditions atmosphériques.


Une plaque indiquait que les colonies avaient pu être construites, en 1898, grâce à un don d'un directeur de Nestlé, Emile-Louis Roussy, qui fut également syndic de La Tour-de-Peilz.

La presse était présente pour cet événement qui mettait fin à plus de 20 ans de controverses.

Programme de l'inauguration en 1898
Bâtiments Aux Espersiers / Colonies des vacances de Vevey

9h 1/2 - Départ des invités de la gare de Vevey

11h - Culte par M. Curchod - Société de Chant Sacré - Chant des enfants

12h - Discours de M. Caspari

1h - Dîner

2h 1/2 - Visite des bâtiments par le public - Productions de La Lyre - Discours

                  
L’œuvre des Colonies en Suisse a déjà 22 ans. En 1876, le pastcur Bion, de Zurich, la fond dans cette ville. Dès lors, elle fait rapidement son chemin: Bâle l’institue en 1878, Aarau, Berne, Genève en 1879, Coire, Neuchâtel, Schaffhouse en 1880, Winterthour en 1881, St-Gall en 1883, Lausanne en 1884, Bienne et Töss en 1889, Wädenswil en 1891, Vevey en 1892, Glaris et Lucerne en 1894, Berthoud, Soleure et Zofingue en 1895. Notons en outre que plusieurs colonies du canton de Zurich ont été rattachées à l’œuvre de la capitale.

Le tableau qui précède est une preuve de l’utilité de l’institution. Des centres les plus populeux qui ont frayé le mouvement, l’œuvre s’est étendue à des localités de moindre importance, villes de fabriques pour la plupart. C’est le cas pour Vevey. Avec les bâtiments qu’elles inaugurent aujourd’hui, nos Colonies entrent dans la septième année de leur existence. Nous pensons intéresser nos lecteurs en leur donnant quelques détails sur ces premières années et sur les principes qui nous ont guidés.

I. Les enfants, leur admission, l'emploi du temps
Le choix des enfants à admettre est un point délicat de notre tâche. Avec la meilleure volonté du monde, on est sujet à se tromper, et cependant nous ne décidons aucune admission sans avoir pesé l’était sanitaire des enfants et les circonstances de famille dans lesquelles ils se trouvent. Les Colonies ne sont pas un hôpital où l’on soigne les malades, mais un séjour propre à fortifier les frêles, les anémiques, les débiles. C’est ce qui nous oblige d’éliminer ceux dont la santé est suspecte. Pendant les six premières années de notre activité, 247 enfants ont bénéficié des Colonies, soit une moyenne de 41 par an. Cette année, nous avons porté le nombre des admissions à 51.

Partis avec un trousseau très simple mais obligatoire, voici les enfants arrivés à leurs cantonnements. Quel est l’emploi de la journée? La vie en plein air, les promenades à travers vois, les jeux dans la campagne, moyens les plus naturels et les meilleurs pour stimuler l’appétit, pour hâler ces petites figures pâles, pour augmenter la force physique. Aussi le beau temps est-il désiré comme étant l’aide le plus actif d’un séjour vraiment bienfaisant aux Colonies. Mais si la pluie tombe et empêche de sortir, que faire? Alors on occupe les enfants par des lectures, par des jeux de chambre, par des services à rendre à l’intérieur.

II. Le personnel

Directrices, cuisinières, ce sont elles qui ont à occuper les enfants, à les surveiller, à prendre soin d’eux dans tous les détails, à leur préprare les repas. La mission qui leur incombe n’est pas facile. Il y faut aller de bon cœur ou ne pas s’en mêler. Les personnes qui nous ont prêté leur concours ont toutes fait preuve de beaucoup de dévouement et c’est à elles que nous devons, en bonne partie, les résultats obtenus. A côté de la partie matérielle de leur tâche, elles ont travaillé au développement moral des enfants, en les obligeant à l’ordre, à la propreté, à l’affection réciproque et en leur faisant des cultes le dimanche.

III. Les locaux, les dons, les dépenses

En parcourant les spacieux bâtiments que nous devons au philanthrope dont le nom est lié à l’œuvre des Colonies, nous nous sommes souvenus des locaux que nous avions eus jusqu’ici. Ils étaient simples, primitifs même. Pas de vastes dortoirs bien aérés, pas de lits comme ceux que nous possédons, pas de chambres de bains… mais n’en disons pas de mal, de ces habitations, et gardons-en un souvenir reconnaissant.

C’est à la charité privée que nous avons eu recours dès le début, et nous avons trouvé, dans toute la population, réponse à nos appels. Le total des souscriptions en argent s’est élevé, jsqu’à la fin de l’exercice 1897, à la somme de 16'260 fr., sans compter les dons en nature qui représentent une somme élevée, et un souvenir de 2'000 fr. d’un ami et membre du comité dont nous pleurons encore la mort. C’est beau si l’on songe à toutes les œuvres qui sollicitent les largesses du public veveysan.

Voici, par année, les dépenses faites:
18923'297 fr. 76 cent.
18932'840 fr. 91 cent.
18942'166 fr. 51 cent.
18951'723 fr. 02 cent.
18961'705 fr. 05 cent.
18971'671 fr. 52 cent.

Les sommes les plus élevées des premières années s’expliquent par les achats de mobilier que nous avons été obligés de faire et aussi parce qu’à côté des deux Colonies, nous avions placé à Bérenges, près La Tour, deux ou trois enfants qui devaient être isolés, vu leur état de santé… Et puis, nous avons fait nos expériences et nous en sommes venus à régler nos dépenses avec plus de savoir faire.

Le 17 juillet 1898? Cette date est celle de l’inauguration des bâtiments dus à M. Roussy. Nous la saluons avec joie, et nous marchons, confiants, vers l’avenir, sachant que notre œuvre qui, dès le berceau, a été entourée de la bienveillance de tous, répond à un besoin véritable. Nous commençons cette nouvelle page, assurés du sympathique appui de nos concitoyens et de la protection divine.

A. Curchod, pasteur – Vevey, juillet 1898

Membres du Comité
MM. Curchod, pasteur, Président; Nicati, architecte, Secrétaire-caissier; Aubert, municipal; Bertholet, greffier; Caspari, pharmacien; Narbel, docteur.

Personnel
Mlles Louisa et Fanny Tapernoux, Lina Reymond, Adèle Dufour, Hortense Joly, Ida Buboz.

Architecte des bâtiments
M. V. Chaudet, à Vevey.

Entrepreneur général
M. E. Lindenmeyer, à Vevey, qui s’est retiré du Comité pendant la construction.

Contenu de la plaquette de l'inauguration
le 17 juillet 1898

Aux Espersiers !

Quand sonne l'heure des vacances
Les écoliers battent des mains;
C'est l'heure de la délivrance
Puisqu'ils partent le lendemain !

Ils vont dans un hameau tranquille
Au seuil des bois, au coeur des monts,
Dépenser l'entrain juvénile
Qui bouillonne dans leurs poumons.

Mais tous n'ont pas ce privilège;
Ils ne songent pas, les heureux,
Aux petits pâlots du collège,
A ceux qu'ils laissent derrière eux...

Pour ceux-là, l'oeuvre fut rêvée
De les emmener, eux aussi;
En ce jour elle est achevée:
Joyeux, ils s'installent ici !

Désormais dans le bon asile,
L'été poudreux verra venir
Les anémiés de la ville
Que nous voulons ragaillardir.

Adieu les ruelles humides,
L'horizon des cours sans soleil...
Voici les Espersiers splendides
Et l'air pur, et le bon sommeil !

L'oeuvre est féconde, l'oeuvre est belle;
Généreux fondateurs, merci !
L'oeuvre est sure, en des mains fidèles.
Et vous, enfants, notre souci,
Notre espoir - si souvent rebellet -
Criez: "Vive Monsieur Roussy !"

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