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Vevey retrouve un des fleurons de son hôtellerie

C'est jeudi 18 janvier 2007 qu'a eu lieu officiellement la réouverture de l'Hôtel du Lac, au terme de près de deux ans de travaux. L'établissement qui marque l'entrée est de la ville retrouve tout son éclat intérieur comme extérieur, et ses 50 chambres et ses 5 suites viennent compléter l'offre d'hébergement de grande classe à Vevey.


Accueil en fanfare pour les invités à la réouverture de l'hôtel.


Respectivement administrateur délégué et président du Conseil d'administration de la Société qui a racheté les travaux et entrepris les travaux de rénovation, MM. Michel Vauclair et Roland Mages (à gauche et à droite) ont accueilli les invités à l'événement mondain que constituait la réouverture de l'Hôtel du Lac. Le Syndic Laurent Ballif a évoqué rapidement le contexte dans lequel l'hôtel avait été créé au milieu du XIXe siècle.


Symboliquement, les dirigeants de la société ont remis la clé de l'Hôtel du Lac à son nouveau directeur et à son équipe. M. Christopher Rudolf a accepté bien volontiers ce cadeau, mais a affirmé son intention de ne jamais l'utiliser... puisque l'hôtel est destiné à être toujours ouvert !

site de l'Hôtel du Lac


L'Hôtel du Lac avait ouvert en octobre 2006 déjà pour une première période de rôdage. Le Directeur, M. Christopher Rudolf (devant) a présenté ses premiers constats face au superbe équipement qui lui a été confié. MM. Vauclair et Mages ont, pour leur part, évoqué la démarche qui a amené des investisseurs à s'intéresser à un établissement dont l'avenir n'était pourtant pas assuré.


Après avoir fait honneur aux buffets, les invités ont pu visiter les lieux et profiter des haltes accueillantes disséminées dans l'hôtel.


Pour les amateurs de douceurs, à côté de la fontaine de chocolat, le sculpteur utilise le même matériau pour attirer les gourmets.


Pour célébrer la fin de deux ans de travaux, le nouvel Hôtel du Lac avait mis les petits plats dans les grands: chaque salon du rez-de-chaussée comportait un buffet différent. La terrasse était réservée au champagne et aux huîtres.

Cet établissement de grand standing fait partie intégrante de l'histoire de l'hôtellerie veveysanne. Le début de sa construction date de 1866 et il a ouvert ses portes le 27 octobre 1868. Il n'est pourtant pas le premier palace érigé à Vevey, puisque l'actuel Hôtel des Trois-Couronnes a été ouvert en 1842. Il s'appelait alors l'Hôtel Monnet et avait les pieds dans l'eau, le quai Perdonnet n'ayant pas été encore construit.
Dans les années 1860, Vevey est pris d'une grande frénésie touristique, à la même époque que la région de Territet, qui a été le berceau de l'hôtellerie de luxe montreusienne. A Vevey s'ouvrent successivement l'Hôtel d'Angleterre en 1866 et le Grand Hôtel en 1867. L'Hôtel d'Angleterre, appelé tout d'abord Hôtel Senn, avait été aménagé dans un bâtiment construit en 1828 et agrandi en 1865, situé alors au bord du lac au bout de la rue qui s'appelle aujourd'hui Clara-Haskil. Il a perdu sa vocation hôtellière après la 2e Guerre mondiale. Quant au Grand Hôtel, il avait été construit à l'entrée occidentale de la ville, alors sur territoire de la commune de Corsier. Il sera considéré comme le fleuron de la grand hôtellerie de luxe, avec son immense parc au bord du lac, son port et ses bains privés, et son propre débarcadère de Vevey-Plan.Lui aussi connaîtra une période difficile dès le milieu du XXe siècle, et il finira comme hébergement d'urgence, finalement incendié et démoli pour céder la place au nouveau Centre administratif de Nestlé en 1957.
Ces années 1860 foisonnent donc de projets en relation avec le tourisme, et le premier d'entre eux qui trouve sa concrétisation est la construction d'un quai le long de la vieille ville. En 1861 est construit un premier tronçon depuis l'est de la ville, qu'on appelle Quai Sina, du nom d'un riche étranger qui a fait une donation à la ville pour l'embellissement de ses rives. C'est à cet emplacement que s'installe d'abord l'Hôtel d'Angleterre, puis qu'est construit l'Hôtel du Lac. Le dynamisme des hôteliers donne lieu à une création supplémentaire avec la construction, en 1869/70, du débarcadère de Vevey-La Tour, financé par des promoteurs privés et construit par l'architecte Burnat, constructeur précisément de l'Hôtel du Lac. Ce débarcadère sera racheté par la commune en 1868.
L'Hôtel du Lac, comme l'ensemble de l'hôtellerie de la région, connaît des hauts et des bas. En 1881, il connaît une faillite après la mort de son promoteur, qui améne son constructeur, Ernest Burnat, à le racheter pour 626'559 francs. On trouve dans le livre "Souvenirs d'un hôtelier veveysan" de Marcel Herminjard une notice très complète sur le fonctionnement de l'Hôtel du Lac:

"L'établissement fut loué tout d'abord à M. Schaer puis, au départ de ce dernier pour les Trois-Couronnes, par M. Tappert, de Hambourg, en 1886; par M. Andon Riedel, en 1891. De locataire, M. Riedel devint propriétaire en 1902, achetant l'établissement pour 550'000 francs. Il l'exploita durant de longues années; son fils Otto pris sa succession en 1939.
En 1969, j'appris que M. Riedel cherchait à vendre son établissement. Des promoteurs avaient l'oeil sur cet ensemble pour le démolir et construire à sa place un immeuble locatif. Un certain M. Goddiener était notamment en ligne pour l'acquisition de l'hôtel auquel, pour lui conserver sa vocation première, il fallait consacrer pas mal d'argent, vu le mauvais état d'entretien dans lequel il se trouvait. L'idée de voir disparaître un établissement d'un certain rang me peinait beaucoup; ce n'était pas un concurrent et j'étais d'avis que la diminution de la capacité hôtelière veveysanne était de nature à nous nuire plutôt qu'à nous être profitable. Je pensais qu'une solution de sauvetage pouvait être trouvée par le rachat de l'Hôtel du Lac par la Société de l'Hôtel des Trois-Couronnes, qui était en situation financière confortable et qui pouvait assurer de façon rationnelle l'exploitation des deux maisons. Certes, il fallait engager de gros capitaux, mais l'affaire me paraissait en valoir la peine.
Je m'en ouvris à mon Conseil d'administration, qui ne se montra guère enthousiaste. Je dus quelque peu lui forcer la main pour lui arracher sa décision; je fus suffisamment persuasif pour que, fort de son autorisation, nous pûmes passer une promesse de vente, en date du 23 mars 1970, fixant le prix d'achat à 2'600'000 francs. Les frais de rénovation et de modernisation s'ajoutant à ce chiffre, c'est finalement une somme de trois millions que le Conseil vota le 26 mai 1970 pour cette opération. Malgré les surprises parfois désagréables qui m'attendaient lors de la reprise de cet hôtel, dont nous avions confié les destinées à Paul Rossier, ancien directeur du Montreux-Palace, ce rachat s'est révélé bénéfique. Marcel Herminjard"


Derniers travaux juste avant la réouverture, en octobre dernier.

Dès la fin du XIXe siècle, l'histoire communale est marquée, en ce qui concerne l'Hôtel du Lac, par un conflit de voisinage qui n'en finit pas entre l'établissement hôtelier et le propriétaire des bains publics et buanderie construits pour un certain M. Fuchs en 1895 dans l'immeuble situé à côté, sur le quai. Ces bains sont chauffés au bois et au coke, et la grande cheminée qui évacue la fumée déverse ses résidus et ses scories exactement à l'étage des meilleures chambres de l'hôtel, qui sont empuanties par l'odeur de houille. Au gré des recours contre une décision préfectorale demandant de surélever la cheminée, des transformations, des tentatives de conciliation, le conflit perdurera jusqu'à l'apparition du chauffage au mazout. La 1e Guerre mondiale, avec sa pénurie de combustible,avait d'ailleurs aggravé la situation puisque le nouveau propriétaire de ce qui était alors devenu les Bains Bachmann était obligé de brûler tout ce qu'il trouvait ! Finalement, c'est à la fin des années 1920 que la cheminée fut démolie et que le directeur de l'Hôtel du Lac put enfin respirer...

 

Carte postale envoyée en 1904 et représentant l'Hôtel du Lac et ses environs à la fin du XIXe siècle.