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Corvidés envahissants

Chacun connaît la corneille noire - appelée souvent à tort "corbeau" - oiseau qui a des facultés d'adaptation et de discernement remarquables. Peu de gens, par contre, apprécient son cri et sa prolifération actuelle...

En effet, la corneille n'a pas de prédateur. Elle vit et se reproduit en toute quiétude; les couples, fidèles, couvent chaque année trois à sept œufs.

Rien de ce qu'elle peut atteindre de comestible n'échappe à sa convoitise: elle goûte les graines, surtout les céréales germées, cueille les épis avant la moisson, recherche légumes et fruits, mange les insectes et leurs larves, s'en prend aux mollusques, vers de terre, têtards et grenouilles et même aux poissons; petits mammifères ou oiseaux affaiblis sont achevés et dévorés par temps de neige, œufs et jeunes pillés dans les nids au printemps; elle recueille toutes sortes de déchets, d'ordures, de cadavres. Le soir, les oiseaux se rassemblent avec force cris pour passer la nuit en grandes bandes dans des forêts ou des bosquets.

A la campagne, c'est un destructeur des jeunes pousses végétales – en particulier celles du maïs – alors que dans les vignes, on signale le bris systématique de bourgeons, sans qu'ils soient toujours mangés. Fortement implantée en ville, la corneille, très familière mais prudente, fait le tour des corbeilles à déchets et éparpille leur contenu, n'hésitant pas à crever des sacs poubelles pour trouver de la nourriture. En milieu urbain, ces populations de corvidés polluent les toits et les terrasses de déchets divers et de fientes, salissent les façades et même cassent parfois des vitres par la projection de pierres.

Plusieurs dortoirs ont été recensés dans la région, dont deux très importants: un au bord du lac à Clarens/Montreux et l'autre à l'extrémité ouest de Vevey, dans le parc d'en Bergère et sur les bâtiments des alentours. Dans ce dernier, on a dénombré certains soirs jusqu'à trois mille corneilles ! L'évolution annuelle n'est pas connue: combien y a-t-il d'hivernants ? de reproducteurs rejoignant le site à l'été ? de résidents "à l'année" ?

Dans le but de réduire en ville le nombre – donc les nuisances – de ces oiseaux prolifiques et de les décourager de squatter les immeubles, quatre membres du groupe ornithologique du «Cercle de sciences naturelles de Vevey-Montreux», sous l'égide de la «Conservation des forêts, de la faune et de la nature», ont accepté de mener l'étude du dortoir de Bergère sur une longue période. Le programme est le suivant:
– Observation des corneilles noires sur le site, un matin et un soir par semaine.
– Comptage de la provenance et du nombre des oiseaux au dortoir.
– Gagnages recherchés dans les alentours.
– Recherche et essais de moyens dissuasifs.
– Motivation du public à ne jamais nourrir corneilles ou pigeons (la loi sur la faune interdit de nourrir les oiseaux et les mammifères sauvages; seul le nourrissage de petits passereaux et des oiseaux aquatiques est admis du 1er novembre au 15 avril).